Un fixeur : Besoin vital sur les terrains de conflit ?

Fixeur ? Pour ceux qui entendent ce mot pour la première fois, ils seront sans doute loin de le rapporter au métier de « reporter de guerre ». Pourtant, le fixeur lui est d’une très grande utilité et peut lui sauver la vie. Tout journaliste qui part en reportage dans un pays qu’il ne connait pas et qui plus est, est dangereux, en est accompagné. C’est une personne locale, journaliste ou non, qui les guide sur le terrain. Elle connait parfaitement la région et peut facilement organiser des rencontres entre leur journaliste et des personnes locales.

Privilège de rédaction

Quand une rédaction décide d’envoyer un de ses journalistes en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, elle fait appel à tous ses contacts. Souvent, elle collabore avec d’autres rédactions dans le monde pour trouver un bon fixeur à ses journalistes. Le choix qui est fait, dépend bien souvent de l’expérience. Généralement, on s’arrache ceux qui en ont et qui sont relativement bien réputés dans le région.

Laurence Brecx est partie sur la ligne de front avec les peshmergas, combattants kurdes en Irak en juillet dernier lors de l’avancée de l’Etat islamique. Pour elle, un fixeur est rassurant en terme de sécurité. Sinon, elle ne pourrait envisager le départ en zone de conflits.

                                                                                                                                                   Laurence Brecx, journaliste à la RTBF

Un budget explosif pour les Freelancers

Les rédactions payent le prix pour assurer un fixeur à leur journaliste. Les correspondants, souvent au même endroit dans le pays, s’arrachent littéralement les fixeurs en vogue. Le prix pour louer ces services à la journée est d’environ 150 à 200 euros par jour minimum. Les médias anglo-saxons font monter le budget.

C’est pourquoi un fixeur devient vite hors de prix pour un journaliste freelance. L’un d’entre eux, Edith Bouvier est déjà partie couvrir le conflit syrien à plusieurs reprises, elle tente de limiter les coûts et d’organiser ses reportages de manière pratique.

Fixeur et danger de la relation pécuniaire

Le pouvoir de l’argent fait souvent planer un danger d’enlèvement pour le reporter. Edith Bouvier l’a bien compris. Un fixeur peut être tenté de trahir le reporter qui l’emploie en échange d’une grosse somme d’argent. Celui-ci perd aussi les valeurs sécuritaires qu’on lui attribue donc en temps normal.

La mésaventure que Jonathan Alpeyrie, journaliste freelance, a subi en est l’illustration parfaite. Kidnappé en Syrie, il a révélé avoir été vendu par son « fixeur ». En cette période, c’était déjà une situation particulièrement délicate dans ce pays. En 2012, le Doha Center for Media Freedom mettait en évidence le développement d’un véritable réseau entre journalistes et « fixeurs » à Antioche, ville turque située près de la frontière syrienne. Les journalistes y abondaient pour tenter d’atteindre les zones de combats en Syrie. Des syriens sont, en effet, nombreux à avoir ouvert leur carnet d’adresses aux reporters étrangers, moyennant une centaine d’euros par jour. Malheureusement, ils ne sont pas tous fiables.

D’une extrême nécessité, le fixeur n’a pas de statut particulier. Parfois synonyme de sécurité. Il rappelle parfois aussi au journaliste qu’il est impératif qu’il reste sur ses gardes en zone à risque. Mais, le reporter en aura toujours besoin. C’est certain, il s’agit d’un réel business, on ne peut plus, rentable qui n’est pas prêt de s’arrêter.

Christophe Reyns